Bien sûr nous rêvons tous d’une réduction du poids de la fiscalité qui pèse sur notre revenu disponible, sur notre consommation.
Depuis 2002 les gouvernements qui se sont succédés ont tenté de mener une politique annoncée de réduction de la pression fiscale (supply side economics). Expliquant à tous vas que cela élèverait le revenu disponible des ménages, le niveau de la demande de biens et de services et par là la production des entreprises et la distribution de revenu, c’est à dire la croissance économique.
Ce raisonnement théorique typiquement libéral, optimiste et simpliste faisait fis de l’impact de la conjoncture économique sur les résultats d’un tel raisonnement. Déjà en 2002 la conjoncture internationale, la crise américaine, la crise allemande n’étaient pas favorables à la baisse des impôts sur les revenus. Dans ce contexte de hausse du chômage, de baisse de la croissance (on frise la récession en 2003 avec une croissance de 0,5 %) les agents économiques pratiquent une forte épargne de précaution et toute hausse de revenu disponible est transformée en épargne et ne produit pas d’effet de hausse de la demande de biens et de services dont ont besoin nos entreprises pour investir, élever le niveau de l’emploi et réaliser des bénéfices. Cette analyse que j’avais déjà réalisé en 2002, vaut malheureusement encore aujourd’hui.
La conjoncture ne cesse de se dégrader pour l’économie française, notre balance commerciale enregistre un déficit historique, notre indice de confiance est au plus bas, notre croissance économique est au niveau des tous derniers pays européens, tout cela sous la chape d’un retour inflationniste de l’ordre de 3 %. Seul le chômage diminue sous l’influence de la pyramide démographique mais se conjugue avec une élévation de la précarité au travail. Ce sont les spectres de la baisse du salaire médian (1555 euros net en 2006), de la baisse du pouvoir d’achat et de la consommation qui ressurgissent au grand dépends de nos entreprises et de nos emplois.
Croire que la baisse de la fiscalité dans n’importe quelle conjoncture est favorable à la croissance économique, à la compétitivité de nos entreprises fait peser un grave risque sur les générations futures. Lorsque la baisse de la fiscalité s’effectue dans une contexte défavorable se sont les finances publiques qui se trouvent obérées, c’est le pays qui se prive d’une relance de la demande par dépenses publiques qui seules peuvent accélérer dans un tel contexte la demande de biens et de services adressées aux entreprises. C’est alors par déficit qu’à demi mot le gouvernement soutien l’activité, c’est alors la rigueur qui guète, non pas à cause d’un ralentissement économique mondial, mais à cause d’une politique fiscale en inadéquation avec la conjoncture économique. Le déficit public en 2007 est revu à 2,7% du produit intérieur brut (PIB), contre 2,4% initialement prévu par le gouvernement, pour un total de 50,3 milliards d’euros. Dans le même temps, la dette publique a augmenté de 5,2% à 1.209,5 milliards d’euros fin 2007, soit 64,2% du PIB, un niveau bien supérieur au maximum de 60% autorisé par l’Union européenne. En 2006, la dette avait progressé de seulement 0,4% pour un taux de 63,6% du PIB (données ministérielles). Selon l’INSEE, Les rentrées fiscales ont également pesé sur le déficit, le taux des prélèvements obligatoires ayant diminué de 0,4 point, à 43,5% du PIB en 2007, en raison de la progression modérée des impôts (+3,1%) freinée en particulier “par la baisse de l’impôt sur le revenu payé par les ménages”.
Les libéraux feraient bien de relire les écrits des économistes sur lesquelles ils fondent fallacieusement les politiques qu’ils mettent en oeuvre notamment pour faire simple l’ouvrage de David Ricardo « Principes d’économie politique et de l’impôt » publié en 1817.
A contrario se priver d’une baisse de la fiscalité en période de confiance (croissance, baisse du chômage induit, maîtrise des prix), c’est se priver d’une croissance économique durable plus soutenue encore. Dans ce scénario la baisse des charges sociales est envisageable et déflationniste. Ce sont des recettes fiscales plus importantes plus l’Etat qui lui permettront en cas de retournement de conjoncture de soutenir l’activité par des dépenses publiques afin d’amortir les effets de la crise.
La politique de réduction fiscale est un outil dont l’emploi est déterminé par la conjoncture économique. En niant cette évidence les gouvernements qui se sont succédés depuis 10 ans se sont rendus responsables de la situation actuelle. Le gouvernement s’est plongé dans une impasse budgétaire qui l’oblige aujourd’hui à réduire ses prévisions de croissance économique. La rigueur et l’austérité sont redevenues des contraintes que l’économie française va devoir se préparer à affronter.
« En septembre 2007, Eric Woerth avait promis que la France tiendrait son engagement européen de ramener le déficit public à 2,4% en 2007 et à 2,3% cette année. Il en est aujourd’hui réduit à prévenir que “dans un contexte économique extrêmement difficile, les finances publiques ne peuvent pas être en équilibre en 2010″. Un aveu gênant au moment où la France s’apprête à prendre la présidence de l’Union européenne. Sa tâche sera d’autant plus difficile que la croissance 2007 s’est contentée d’un maigre 1,9% alors que le budget avait été bâti sur une hypothèse de 2,25%. Et malgré l’optimisme affiché durant des mois face à la crise internationale, le gouvernement a finalement dû se résoudre à une révision à la baisse pour 2008, entre 1,7% et 2%. » (AFP)
L’économique a rattrapé le politique !






